Retours du congrès de la société médicale belge de Saint-Luc 2025
Relisez la conférence du 15/11/2025 comme si vous y étiez!
Ce dossier vous présente les synthèses des différents conférenciers.
Cette synthèse est uniquement disponible en français. Merci de votre compréhension.
Grégoire Wieërs
Médecin interniste et directeur du département de médecine, Université de Namur
Laura Rizzerio
Professeure de Philosophie, Université de Namur
Pierre Devos s.j.
Professeur de Biologie, Université de Namur
Introduction: Mettre la performance au service de la robustesse
La pratique médicale oscille-t-elle entre des approches centrées sur la performance et d’autres fondées sur la robustesse, afin de garantir, individuellement et collectivement, un accès réel, équitable et durable à la santé et aux comportements qui la soutiennent ?
La performance
Le mot performance associe le préfixe per, signifiant « complet », « accompli », et le verbe former. Dans son sens anglo-saxon originel, aujourd’hui inusité en français, il renvoie à l’idée de « réaliser pleinement une action ». Pourtant, dans l’usage courant, la performance est désormais associée presque exclusivement à sa dimension économique ou technique : réussite mesurable, rendement, efficacité opérationnelle. Dans le domaine artistique, elle évoque même parfois un acte spectaculaire.
La performance médicale, qu’il s’agisse d’un geste chirurgical, d’un traitement innovant appliqué individuellement — comme un antibiotique — ou collectivement — comme un vaccin — mobilise des flux importants de ressources et d’énergie, avec des implications économiques considérables. L’état des finances de la sécurité sociale et les iniquités d’accès aux soins entre régions en sont des témoins éloquents, comme nous le présente Edouard Hosten, directeur médical du Centre Hospitalier Régional Sambre et Meuse. Sur le plan symbolique, ces traitements technologiques produisent souvent des effets spectaculaires, mais exposent aussi aux risques de pénuries, à des impacts environnementaux et à la responsabilité éthique d’un usage raisonné des techniques disponibles.
Dans cette perspective, Jean-Michel Dogné, doyen de la Faculté de médecine de l’UNamur et expert auprès de l’Agence européenne du médicament, nous présente une application concrète de stratégies vaccinales de santé publique. Anne Berquin, professeure en médecine physique à l’UCLouvain et coordinatrice du certificat interuniversitaire « Soins de santé durable : agir pour transformer », montre quant à elle comment le concept d’écologie intégrale peut servir de cadre structurant pour relier les approches, intégrer les enjeux et construire une vision cohérente de la santé durable. Concepts qu’elle développe dans un ouvrage à paraitre écrit avec Charlotte Luyckx et Pauline Modrie.
La pratique médicale oscille-t-elle entre des approches centrées sur la performance et d’autres fondées sur la robustesse, afin de garantir, individuellement et collectivement, un accès réel, équitable et durable à la santé et aux comportements qui la soutiennent ?
La robustesse
La notion de robustesse renvoie, quant à elle, à la force, à la solidité, à la vigueur. Sa racine robur apparaît notamment dans le nom latin du chêne pédonculé, quercus robur, évoquant peut-être l’expression « fort comme un chêne » — mais aussi cette capacité à résister sans rompre, caractéristique de la résilience face aux transformations systémiques. Olivier Bouche et Philippe de Biolley, de l’Institut Michel Serres, développent cette notion. Ellen Van Stichel, professeure d’éthique sociale à la KU Leuven, a montré comment la théologie peut contribuer aux enjeux sociaux dans une perspective résolument interdisciplinaire, en dialogue étroit avec l’économie et la philosophie.
À l’inverse, une performance réduite à l’application protocolisée de techniques ou d’algorithmes, indépendamment du choix éclairé du patient, risque de conduire à une réification des plus vulnérables : personnes en début ou en fin de vie, en situation de handicap, vivant avec une démence — situations que la médecine générale rencontre quotidiennement. Simon Absil, médecin généraliste et doctorant travaillant sur l’usage rationnel des antibiotiques, éclaire la robustesse des richesses et des tensions de la relation soignant-soigné. Jonas Rooseleer, psychiatre œuvrant auprès de personnes en situation de handicap intellectuel, a montre comment le Cantique de saint François ouvre des voies pour une réconciliation intérieure face à la douleur et à la souffrance.
Jusqu’en 2012, le Bureau fédéral du Plan évaluait le bien-être essentiellement à travers le PIB. Depuis, il y intègre les indicateurs des Objectifs de développement durable de l’ONU. Nous restons dans l’ordre de la mesure, mais cette mesure s’élargit à des paramètres non conventionnels, permettant d’appréhender de manière plus complète la richesse d’une société et sa capacité à répondre aux besoins fondamentaux. Le Plan d’action national santé-environnement (NEHAP) illustre cette évolution : il constitue l’une des premières déclinaisons du modèle One Health – Une seule santé, intégrant la santé des humains, des animaux et des écosystèmes. Dominique Bourg, professeur honoraire de l’Université de Lausanne, développe ces perspectives en conclusion de ce congrès.
La performance au service de la robustesse
Les orateurs de ce congrès convergent sur l’importance de mettre la performance au service de la robustesse. Celle-ci passe par un processus délibératif visant à attribuer les ressources à des stratégies qui permettent de soigner les personnes et dans le même temps de proposer des stratégies qui offrent un avantage collectif qui dépasse la conception conventionnelle de santé publique en intégrant plus largement les déterminants socio environnementaux de la santé.
La performance au service de la robustesse: attribuer les ressources à des stratégies qui permettent de soigner les personnes et dans le même temps de proposer des stratégies qui offrent un avantage collectif
Les articles qui suivent proposent une synthèse des différentes interventions ayant jalonné cette journée
(Cette rubrique avec les 8 résumés des conférences, sera disponible à partir du 10 février 2026.)
Détails de la conférence
synthèse par Grégoire Wieërs
Médecin interniste et directeur du département de médecine, Université de Namur