
Ma foi transforme ma manière d’être médecin
Acta Medica Catholica: Parole aux praticiens
Dr. Nathalie Salée
Médecin généraliste à Olne
Je ne serais pas le même médecin sans la foi. À vrai dire, je ne serais peut-être même pas devenue médecin. Ma foi m’invite d’abord à considérer chaque patient comme un frère ou une sœur en humanité, y compris ceux avec qui la relation est parfois plus difficile. Lorsque je sens que je peine à entrer en lien, je demande intérieurement de pouvoir poser sur eux un regard de bonté, comme le ferait le Christ.
Pour les personnes isolées ou découragées, j’essaye d’être un signe d’amour et de miséricorde, de leur faire sentir qu’une bienveillance — qui ne vient pas seulement de moi — veille sur elles. Je refuse de céder aux discours défaitistes ou pessimistes si présents aujourd’hui. Au contraire, je veux témoigner de mon espérance : celle que je vois à l’œuvre chez tant de jeunes qui se construisent, qui se donnent, lors des JMJ ou de grands rassemblements ecclésiaux. Avec mes patients, j’essaye d’identifier leurs ressources intérieures et leurs talents, afin de leur ouvrir un chemin lorsqu’ils se sentent dans une impasse.
Il m’arrive aussi de prier pour être inspirée, pour trouver une idée ou une voie lorsque la situation semble bloquée. En situation de discorde familiale, je cherche avec eux comment restaurer l’unité, envisager la possibilité d’une réconciliation. Je ne banalise ni les séparations, ni les divorces, ni l’avortement. Je ne juge pas les personnes qui font ces choix, mais je garde un recul respectueux : je les écoute, je les accompagne, sans encourager une décision qui mène à la rupture ou à la mort. Je tâche d’aider les couples à se comprendre et se respecter l’un l’autre, à nourrir et consolider leur relation.
Lorsque la guérison n’est plus possible — dans les maladies chroniques pénibles ou les cancers — je m’efforce de remettre du sens dans l’expérience de la personne. J’écoute, j’aide à lâcher prise, à relâcher la pression de la performance, du paraître ou de la rentabilité. Je rappelle que le simple fait d’être vivant, présent au monde, est un cadeau pour les autres. Parfois, il faut répéter ce message plusieurs semaines de suite pour qu’il s’enracine. Le métier de généraliste permet cette temporalité longue : glisser une idée, la reprendre, féliciter les progrès, encourager le cheminement.
Pour moi, la dignité ne dépend pas d’une situation médicale mais du fait même d’être une personne
Je rassure aussi mes patients sur leur dignité. « Mourir dans la dignité » est devenu un slogan dans les débats de fin de vie ; pour moi, la dignité ne dépend pas d’une situation médicale mais du fait même d’être une personne. C’est à nous de changer le regard que nous posons sur les malades. Je veille à ce que les soins soient jusqu’au bout respectueux de la dignité inhérente à leur humanité.
Au fond, la foi m’invite à chercher des chemins là où tout semble fermé, à éclairer des portes que l’on n’avait pas vues. Elle me donne aussi une certaine ténacité : ne pas céder au découragement, ne pas condamner mais croire que, jusqu’au dernier souffle, une voie de vie est toujours possible — parfois avec le patient, parfois pour lui, jusqu’à ce qu’il puisse à son tour renouer avec l’espérance.
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15/12/2025
pour Acta Medica Catholica 2025-2
Acta Medica Catholica 2025-2
Editor-in-chief Mr. Guillaume Giroul
Volume 94 (2025 semester 2)














