
Espérance et soin
Blandine Humbert
PhD philosopie
Qu’est-ce que l’espérance? Un don, une vertu? Les deux? Loin de l’optimisme, qui repose souvent sur une forme de déni ou sur la croyance que l’on détient la solution à tout, l’espérance surgit du cœur même du tragique. Corine Pelluchon écrit : « L'espérance est le contraire de l'optimisme. Celui-ci résulte souvent d'un manque d'honnêteté et de courage ; il s'apparente à une forme de déni masquant la gravité de la situation ou faisant croire que l'on détient la solution à tous les problèmes. Il n'y a pas d'espérance sans l'expérience préalable d'une absence totale d'horizon qui est comme une nuit en plein jour. »
Espérance, souffrance et soin
Cette nuit, cette chute, est la condition pour que l’espérance advienne. Elle suppose la confrontation à la souffrance et au désespoir, qui dans leur excès, révèlent aussi leur fausseté. Le soin devient alors une réponse à cette expérience : un acte d’espérance. Il se manifeste dans la reconnaissance de la vulnérabilité partagée : patient et soignant sont tous deux des êtres de pâtir. Soigner, c’est croire en une transformation possible, c’est faire le pari du vivant.
Jean-Philippe Pierron nous alerte : « Parler du pouvoir de rénovation attaché à l’imagination morale ne pourra pas être une promotion de l’innovation pratique dans la légèreté insouciante d’une ignorance coupable du mal, mais une innovation sachant le mal possible. » Le soin, en ce sens, est une résistance à la déshumanisation. C’est une manière d’habiter la fragilité avec justesse.
Inquiétude et responsabilité
Ce chemin du soin est traversé par l’inquiétude. Pour Michel Geoffroy, l’inquiétude est « l’attente impatiente, agitée et anxieuse d’un encore-invisible (..) coextensive à notre existence même ». Cette inquiétude n’est pas un défaut : elle est le signe d’une responsabilité assumée. Elle est tension entre impuissance et volonté de bien faire. Elle pousse à chercher, à s’adapter, à se corriger. Elle dit notre finitude, notre faillibilité. Et parce qu’elle reconnaît l’autre comme un mystère, elle ouvre à une éthique relationnelle.
Mais l’inquiétude peut aussi devenir paralysante. Elle peut se charger de culpabilité, de remords, et perdre son pouvoir d’action. Il faut alors retrouver l’humilité : accepter que le désir de vivre ne se décrète pas, qu’il ne peut qu’être soutenu. L’impuissance assumée devient alors force. Le soin est un travail de soutènement, discret, fragile, persistant.
Surprise et promesse
Dans le soin, il y a aussi une place pour la surprise. Le soignant est toujours dans l’incertitude, mais il est aussi toujours en veille : guettant l’improbable éveil d’un possible. Ce qui paraissait figé peut se transformer. Ce que le patient lui-même croyait éteint peut se rallumer. Michel Henry parle de « pathos avec » pour désigner cette compatiénce incarnée, cette empathie vivante, qui est le terreau de l’espérance.
« Même si nous ne pouvons promettre le rétablissement, nous pouvons promettre la présence. »
Le soin repose sur une promesse de non-abandon. Même si nous ne pouvons promettre le rétablissement, nous pouvons promettre la présence. Même si nous ne savons pas ce qui adviendra, nous restons, avec. Carla Canullo, parlant de la maternité, écrit : « En surprenant la vie, elle la fait connaître à elle-même, elle la rend plus ample, plus vivante, plus enthousiaste. » Le soin aussi cherche cette surprise du vivant, cette dilatation du quotidien.
Habiter le présent avec courage
Face au tragique, il y a le risque du repli, de la rancœur, de l’ingratitude envers la vie. L’espérance, dit encore Pelluchon, « est inséparable de la confrontation au mal et à la souffrance, et elle est orientée vers un futur que l’on ne peut complètement prévoir, mais qui est déjà annoncé et est d’une certaine manière déjà là, comme une imminence ».
Espérer, c’est habiter le présent avec courage. C’est refuser la fermeture. C’est, comme le dit le prophète Isaïe, répéter sans cesse : « Veilleurs, où en est la nuit? » Dans les nuits traversées par les patients et les soignants, dans les douleurs silencieuses, cette question demeure. Elle est notre veille. Elle est notre espérance.
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3/5/2025
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Acta Medica Catholica 2025-1
Editor-in-chief Mr. Thomas Remy
Volume 94 (2025 semester 1)








