
L'accompagnement spirituel en soins paliatifs
Acta Medica Catholica: Parole aux praticiens
M. Roger Kessler
Accompagnateur spirituel au CHC MontLégia et à Hermalle‑sous‑Argenteau
Quand j'entre dans la chambre...
Quand j’entre dans une chambre en soins palliatifs, en tant qu’accompagnateur spirituel, je fais le vide dans ma tête. Je sors de mes beaux discours, des phrases du style : « ça va aller », surtout que nous savons en général que la maladie va progresser de manière négative.
Comment suis-je au courant ? Simplement parce que je participe aux réunions « pluri » tous les lundis en présence des médecins, de certaines infirmières, de l’assistante sociale, la psychologue et une des bénévoles attachées au service. Lors de ce moment chaque personne est évoquée et analysée. Je peux intégrer ainsi la situation du patient et sa probable évolution.
Des visites à la demande
Mes visites dans ce service sont envisagées « à la demande » principalement, mais je ne veux pas trop d’informations avant ma première entrevue, pour pouvoir entrer dans la chambre sans a priori et ainsi laisser la place à celle ou celui qui est en demande.
Chaque situation est différente avec ma volonté de rejoindre la personne dans son questionnement, ses préoccupations, ses révoltes, ses acceptions, tout ce qu’elle ou il voudra exprimer sur son ressenti du moment. Je privilégie le « face à face » au départ en y allant le matin plutôt que l’après-midi où des visites sont possibles, il est parfois difficile de s’exprimer devant sa propre famille, car il y a une concentration d’émotions qui empêche parfois, de partager tout ce qui anime la personne de l’intérieur.
Mon rôle ? C’est tout d’abord une écoute attentive, puis après ce récit de vie, je pose souvent la question : « qu’est-ce que vous attendez de moi ? ». Et forcément les réponses sont différentes, il y a souvent ce besoin d’être rassurer par rapport à un au-delà possible après la mort, la volonté de prier pour avoir plus de force pour affronter ce qui va arriver.
Je ne veux pas trop d’informations avant ma première entrevue, pour pouvoir entrer dans la chambre sans a priori
Des questions sur la mort avec ses peurs, ses mystères
Dans un deuxième temps, il peut y avoir le partage sur certaines paroles bibliques, sur certains comportements de Jésus face à la mort. Cela peut aller jusqu’à la préparation des funérailles, avec des textes qui parlent aux patients. Tout dépend du degré de foi et de connaissances de la personne, ainsi que sa lucidité face à ce qui se dessine dans sa tête. Nous parlons beaucoup de ceux qui restent surtout quand la patiente ou le patient est jeune avec des enfants en bas-âge. Comment leur laisser un « héritage » ?
Il y a aussi la proposition des sacrements quand c’est encore possible : Le pardon, l’eucharistie, l’onction. Je fais alors appel à un prêtre qui vient administrer et pour l’eucharistie nous vivons le moment de partage dans la chambre.
Il n’y a souvent plus beaucoup de temps, donc on est obligé d’aller à l’essentiel assez rapidement
Ce qui est particulier dans cet accompagnement c’est à la fois cette possibilité de préparer sa fin de vie et aussi de « parler vrai » dès le départ, car il n’y a souvent plus beaucoup de temps, donc on est obligé d’aller à l’essentiel assez rapidement. Si la personne est au départ dans le déni, nous cheminons pas à pas pour lui permettre d’ouvrir les yeux progressivement. Quand la foi est présente, ce qui n’est pas toujours le cas, la transparence avec Dieu permet de l’être avec soi -même dans la mesure du possible. Ce qui n’est pas toujours simple : Entre la révolte, le sentiment de profonde injustice, voire la résignation.
Cette accompagnement permet aussi d’aboutir à une prière de fin de vie avec la famille qui peuvent apparaître comme plus intense car nous avons fait un bout de chemin : Cette personne n’est plus anonyme et la famille le ressente et l’émotion est au rendez-vous.
Il est bon de savoir, qu’aucun accompagnement n’est similaire à un autre. Je ne veux pas venir avec quelque chose de ficelé, de « plaqué », qui serait semblable à tous mes patients. J’essaye de m’ajuster à leur personnalité, à leur manière de vivre leur foi, aux expériences de la vie si différentes.
Il est bon de savoir, qu’aucun accompagnement n’est similaire à un autre
C’est ce qui prouve la richesse de notre travail
Oui c’est éprouvant d’être confronté à la fin de vie, il y a bien-sûr parfois des répits familiaux, ou un ajustement du traitement, mais dans la majorité des cas les personnes fermeront les yeux dans le service. En sachant cela, il est bon de se positionner face à la mort, car cela permet de ne pas s’effondrer face à cette question. D’avoir déjà pu expérimenter nos réactions , de savoir où sont nos limites pour ne pas se retrouver désemparé au moment fort du dernier souffle.
C’est un travail intense que j’affectionne particulièrement et je suis très heureux d’avoir eu cette possibilité de me retrouver au chevet de patients qui vivent leurs derniers moments avec tout une équipe à leur service et dont je suis un maillon. C ‘est cette équipe des soins palliatifs qui permet aussi le soutien, la solidarité dans les moments plus intenses où l’émotion est difficile à contrôler.
J’espère pouvoir continuer à vivre de cette manière cette partie de mon travail et que chacun au sein de l’hôpital puisse continuer à prendre conscience que la dimension spirituelle fait partie des soins et qu’ensemble nous participons au confort du patient.
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Acta Medica Catholica 2026-1
Editor-in-chief Mr. Guillaume Giroul
Volume 95 (2026 semester 1)




